Accueil / Blog / Strategie IA

IA : 50 000 milliards promis, et en attendant ?

Gary Bramnik
21 octobre 2026 · 8 min de lecture
IA : 50 000 milliards promis, et en attendant ?
Sommaire
  1. Un marché de dupes ?
  2. Ce que l'IA fait réellement aujourd'hui
  3. La question des emplois : l'esquive
  4. Le revenu élevé universel : et pourquoi attendre ?
  5. Un secteur qui s'autorégule
  6. FAQ : usages et avenir de l'IA
  7. Ce qu'il faut en retenir

Les promoteurs de l'intelligence artificielle nous promettent un avenir d'abondance. Mais quand on leur demande ce que nous recevons en échange des risques, la réponse reste étonnamment floue. Entre les promesses lointaines et les usages bien réels d'aujourd'hui, l'écart mérite d'être regardé de près. Voici les questions qu'il faut poser, et ce que valent les réponses données jusqu'ici.

Un marché de dupes ?

Le prix à payer, d'abord : les estimations citées dans le débat placent le risque d'extinction de l'humanité entre 10 et 25 %. En face, voici ce que les promoteurs de l'IA mettent dans la balance (propos traduits) :

« L'accès à des soins de santé et à une éducation de grande qualité, et bien plus encore. Lutter contre le changement climatique va éliminer la pauvreté, résoudre des maladies, guérir des maladies importantes comme le cancer et Alzheimer. »

La question de bon sens est celle de n'importe quel acheteur : waouh, c'est génial, et c'est pour quand ? La réponse donnée :

« Un jour, nous serons bien plus capables. Un jour. Et ce sera bientôt. »

Un jour, bientôt : ni date ni engagement. Dans une négociation commerciale, une contrepartie sans échéance s'appelle une promesse, pas un contrat.

Moi, j'ai hâte d'y être, à ce fameux jour dans le futur. Et franchement, j'ai comme l'impression qu'on nous raconte de la merde.

Ce que l'IA fait réellement aujourd'hui

Le contraste avec le présent est frappant. Pendant que l'on parle de maladies guéries, je me pose une question par pure curiosité : à quoi utilise-t-on l'IA en ce moment ? Voici les usages que ses critiques dénoncent déjà :

  • des essaims de drones pilotés par IA pour aider la police de l'immigration américaine (ICE) à traquer des immigrés ;
  • la diffusion de désinformation pour peser sur la démocratie ;
  • la conception d'armes et de plans d'attaque, le ciblage d'opérations, les cyberattaques ;
  • des systèmes de surveillance de masse ;
  • des outils de tarification dynamique, avec McDonald's qui pousse des outils d'IA pour augmenter ses prix selon la demande.

Résumons : demain, on utilisera l'IA pour guérir des maladies, mais pour l'instant, c'est surtout du meurtre, de la surveillance et de la hausse de prix pour le McRib. Quel marché !

Schéma comparatif en deux colonnes : à gauche les promesses de l'IA (50 000 milliards de dollars, maladies guéries, emplois meilleurs, revenu élevé) sans aucune échéance, à droite les usages réels d'aujourd'hui (drones de surveillance, désinformation, armes, tarification dynamique), avec en bas la règle : on juge une technologie à ce qu'elle fait aujourd'hui

Le tableau est volontairement sombre, et il ne dit pas tout des usages utiles. Il rappelle pourtant une règle simple : on juge une technologie à ce qu'elle fait aujourd'hui, pas à ce que l'on espère qu'elle fera demain.

La question des emplois : l'esquive

Reste la question que chacun se pose : aurons-nous encore du travail ? Je veux une réponse simple et directe : les emplois, en aurons-nous encore ? La première réponse, celle d'un dirigeant du secteur, est classique :

« Je pense qu'il y aura en réalité une forte demande d'emplois, mais pas nécessairement les mêmes. Certains métiers vont disparaître. Il y aura de nouveaux emplois, meilleurs. »

Très bien, je crois qu'on aime tous les nouveaux emplois, meilleurs. Mais alors, c'est quoi, ces nouveaux emplois meilleurs ?

Voici ce qu'on me répond :

« Ils sont difficiles à imaginer, alors que nous rêvons à ce à quoi ressemblera l'avenir. »

C'est un peu court de la part de personnes qui imaginent sans peine des humains vivant sans maladie sur Mars. Alors je le dis tout net : bande d'enfoirés à haut QI, vous avez imaginé qu'on vivrait sans maladie sur Mars, mais les emplois, ça dépasse les limites du cosmos ?

Jensen Huang, le patron de Nvidia, tente à son tour de répondre :

« Je crois que nous allons voir les emplois changer en masse. Je crois qu'il y aura une création nette d'emplois. »

Ah, une création nette. Et ces emplois, ce seraient lesquels ?

Pour l'illustrer, il cite des industries qui n'existaient pas au milieu de sa vie :

« Il y a tout un tas d'industries qui existent aujourd'hui et qui n'existaient pas, disons, à la moitié de ma vie. Par exemple, les centres de bien-être et les spas. »

L'exemple est faible : les spas existent depuis l'Antiquité. Voilà une industrie qui n'a rien de nouveau, citée pour prouver que l'économie sait se renouveler.

Vous cherchiez une industrie qui n'existait pas il y a quelques années, et vous avez trouvé les spas ? On en a des ruines qui datent de 2000 avant Jésus-Christ ! Vous vous foutez de moi ?

Le fond du problème n'est pas la maladresse d'un exemple. C'est que ceux qui construisent ces systèmes ne savent pas, ou ne veulent pas, nommer les métiers de demain. Si les machines font l'essentiel du travail, la conclusion logique est que l'emploi deviendrait un loisir, ce que personne ne présente comme un projet de société.

Alors arrêtez de vous foutre de nous et admettez-le : si ça marche comme vous le dites, il n'y aura plus beaucoup d'emplois. Si vous voulez un travail, vous pourrez en avoir un comme passe-temps.

Le revenu élevé universel : et pourquoi attendre ?

Interrogé sur l'avenir des métiers de bureau, un autre dirigeant du secteur répond par un scénario d'abondance :

« Je pense que, de loin, le résultat le plus probable est un âge d'abondance, où nous n'aurons pas seulement un revenu universel de base, mais un revenu universel élevé. »

En clair, à force de capitalisme sans entraves, on arriverait à un résultat proche du socialisme.

Si on les laisse pratiquer assez de capitalisme sans entraves, on peut apparemment capitaliser jusqu'au socialisme. Du gâteau.

L'argument se retourne facilement. Admettons que l'IA fasse naître 50 000 milliards de dollars de richesse et que l'État puisse alors redistribuer, pourquoi ne pas commencer tout de suite ? Si l'abondance est certaine, rien n'empêche d'en verser les premiers fruits maintenant. Qu'elle reste toujours reportée à plus tard en dit long sur le degré de certitude des promesses.

Si le but ultime, c'est de faire naître un flot immense d'argent pour ensuite le donner gratuitement aux gens, petite question : pourquoi attendre ? Si 50 000 milliards de dollars nous mènent à un avenir où l'État aura assez d'argent pour en donner à la population, pourquoi ne pas nous donner ces 50 000 milliards tout de suite ?

Et surtout, ne nous traitez pas d'assistés : appelez-nous simplement des pionniers.

Un secteur qui s'autorégule

Autre point qui interpelle : ce sont les mêmes dirigeants qui sont censés encadrer leur propre technologie. Leur position, telle qu'elle ressort du débat, est que le nouveau monde qu'ils construisent doit avancer sans réglementation ni limite financière. La raison invoquée : c'est un travail important, mené par des personnes importantes.

Alors à vous, individus à haut QI chargés de vous réguler vous-mêmes à travers le champ de mines de cette nouvelle technologie, je ne demande qu'une chose : une réponse directe à une question simple.

Ils ajoutent que cette technologie est le résultat naturel d'un système capitaliste qui récompense le progrès et l'innovation. L'argument se défend, mais il oublie l'essentiel : confier la régulation à ceux qui en tirent profit crée un conflit d'intérêts évident. Et quand ces mêmes personnes ne savent pas dire quels emplois subsisteront, on comprend que le public réclame des garde-fous.

Et vous n'allez jamais croire où ça mène. Je parie en tout cas qu'ils auront encore un travail quand tout ce sera fini.

FAQ : usages et avenir de l'IA

Quels sont les risques associés à l'IA selon les estimations ?

Les estimations placent le risque d'extinction de l'humanité entre 10 et 25 %. Cela soulève des questions sur les promesses des promoteurs de l'IA face aux risques encourus.

Quels usages réels de l'IA sont dénoncés aujourd'hui ?

Actuellement, l'IA est utilisée pour des drones de surveillance, la désinformation, la conception d'armes, des systèmes de surveillance de masse et des outils de tarification dynamique, comme chez McDonald's.

Y aura-t-il encore des emplois avec l'avènement de l'IA ?

La réponse est floue. Certains emplois disparaîtront, mais de nouveaux emplois, jugés meilleurs, pourraient apparaître. Cependant, il est difficile de définir ces nouveaux emplois.

Ce qu'il faut en retenir

Ce constat est volontairement tranché et ne dit pas tout des usages utiles de l'IA. Mais il soulève trois questions légitimes, que tout dirigeant peut reprendre face à un fournisseur ou à un discours trop enthousiaste :

  1. Quelle est la contrepartie, et à quelle date ? Une promesse sans échéance n'est pas un engagement.
  2. Que fait l'outil aujourd'hui ? Ce sont les usages réels qui comptent, pas la vision.
  3. Qui est concerné, concrètement ? Si personne ne sait dire quels métiers naîtront, mieux vaut préparer ses équipes dès maintenant que d'attendre une réponse.

La bonne posture n'est ni la technophobie ni la naïveté. L'IA apporte déjà des gains réels en entreprise : gain de temps, qualité, automatisation des tâches répétitives. C'est tout le sens de l'approche d'IA French Touch : ancrer l'IA dans l'opérationnel concret des PME, sans promesses démesurées. Elle justifie aussi des questions franches sur ses risques et sur la répartition de la valeur qu'elle crée. Ceux qui évitent ces questions ne sont pas forcément de mauvaise foi, mais ils ne méritent pas d'être crus sur parole.